Univers Fusalp

RENCONTRE AVEC | Christine Janin – Une Femme au parcours extraordinaire

 

JOURNÉE INTERNATIONALE DES FEMMES 2020

 

Cette nouvelle édition de la Journée Internationale des Femmes est l’occasion de réunir femmes et hommes, toutes générations confondues autour d’un même projet d’envergure :
l’égalité entre les sexes et l’autonomisation des femmes et des jeunes filles. S’engager et agir est un combat que mène Christine Janin, via son association À Chacun son Everest !.

Depuis 1994, l’association reçoit des enfants et des femmes (depuis 2011) en rémission d’une leucémie ou d’un cancer du sein, pour les aider à affronter la phase délicate de l’après-cancer, fondamentale dans le processus de guérison.

 

Qui êtes-vous Christine Janin ?

Je suis médecin, himalayiste et fondatrice de l’association À Chacun son Everest ! qui fêtera cette année ses 26 ans. Depuis 1994, date des premiers séjours organisés pour les enfants, nous avons accompagné 4 561 enfants et 1 243 femmes sur le chemin de l’après-cancer.

Médecin et himalayiste vous avez décidé de créer l’association À Chacun Son Everest ! Quelles ont été vos motivations ?

Je ne parlerai pas de motivation, mais plutôt de chemin de vie.

La médecine m’a tout permis. C’est parce que j’étais médecin d’expédition, que j’ai pu partir sur mes propres expéditions et atteindre notamment le sommet de l’Everest, il y a 30 ans. Dès lors, un nouveau chapitre de vie s’est ouvert et tout s’est enchaîné de manière organique.

Je crois fondamentalement qu’il faut suivre son intuition, écouter son coeur, faire confiance à l’univers et oser. Après l’ascension de l’Everest, j’ai voulu transformer cette expérience, en tirer bénéfice pour les autres. Redescendre de l’Everest c’est compliqué, tant d’un point de vue physique que psychologique.

On se pose beaucoup de questions : qu’est-ce que je fais de cette expérience ? Comment je transforme l’épreuve de la descente en quelque chose de positif ? Il m’a fallu trouver les bons outils.

La synchronicité des événements a dessiné mon chemin de vie. De retour de l’ascension des 7 sommets, j’ai fait une rencontre déterminante, Hélène Voisin – Directrice de l’école de l’Hôpital Trousseau à Paris – qui m’a proposé de venir raconter mes expéditions aux enfants hospitalisés.

Une expérience bouleversante qui a fait naître une idée folle : emmener ces enfants malades à la montagne. Le projet s’est affiné, le parallèle entre les difficultés rencontrées pour conquérir un sommet et en redescendre et celles vécues pour vaincre la maladie et vivre son “après” est devenu une évidence : l’Association À Chacun son Everest ! est née et l’organisation des premiers séjours avec elle.

Quel est l’objectif des séjours que vous proposez ? Comment la vie s’organise-t-elle à la Maison ?

Écouter, Comprendre, Échanger, Partager, Accompagner.

Les séjours sont encadrés par une équipe médicale et paramédicale, par des professionnels extérieurs pour les soins de support (sophrologie, massage, yoga, Qi Gong …) et les activités sportives (accompagnateurs en montagne, guides, moniteurs …).

Trouver un second souffle, surmonter l’épreuve de la maladie, vivre avec et vivre mieux, retrouver l’estime de soi et l’envie de vivre pour devenir acteur de sa guérison, tel est le sens de la mission de À Chacun son Everest !

Chaque séjour, douze femmes issues de milieux socioculturels souvent bien différents, qui ne se connaissent pas, vivent ensemble et partagent un bien commun : leur épreuve. À voir la bienveillance, l’entraide, les liens qui se tissent et perdurent bien après le séjour, on se dit que la magie a opéré.

En quoi la phase de l’après-cancer est-elle si délicate, si fondamentale à la guérison, en particulier pour les femmes ?

Une femme en rémission d’un cancer du sein a généralement subi 1 an, voir 2 ans d’un programme médical lourd et intense, à l’issu duquel c’est le grand vide. Le quotidien reprend le dessus, comme si rien ne s’était passé, alors même qu’elle est très affaiblie par les traitements, la souffrance physique et psychologique, touchée au plus profond de sa féminité.

C’est difficile, la symbolique est lourde de sens. Que faire de son histoire ? De ses peurs ? De sa fatigue ? Comment casser sa solitude ?

À toutes ces femmes qui séjournent à la Maison, nous donnons de l’attention, nous exprimons la reconnaissance de l’épreuve qu’elles ont traversé et nous les accompagnons dans la transformation de celle-ci, afin qu’elles puissent en tirer quelque chose de positif.

À l’issu des séjours, nous sommes toujours émerveillés de voir ces femmes, si fragilisées par la maladie, repartir plus fortes, re-boostées, prêtes à prendre leur vie en main.

À la lecture des témoignages des femmes qui ont séjourné dans votre Maison, trois mots reviennent souvent : Bienveillance, Émotion, Énergie. L’essentiel est de remettre l’humain au coeur du sujet ?

Il faut aider ces femmes à se recentrer et à reprendre leur place, au sein de leur famille, de la société, leur dire qu’elles ont le droit de prendre soin d’elles. Pour cela, elles doivent accepter de lâcher prise, d’être épaulées par leur entourage, cesser pour un moment de s’occuper des autres et apprendre à s’aimer.

L’amour de soi est une des conditions essentielles pour être bien dans sa vie et pour vivre en harmonie avec les autres.

Depuis 2011, vous aidez les femmes à retrouver confiance en elle, à reprendre leur vie en main, et par là même leur autonomie, l’un des piliers essentiels à l’égalité Homme – Femme. Finissons sur une note positive !

Je dirai que les actions menées par À Chacun son Everest !, les micro initiatives développées par les femmes aux quatre coins de la France souvent suite à leur séjour à la Maison, les élans de solidarité et de gratitude dont nous sommes témoins au quotidien, constituent un cercle vertueux véritable message d’espoir.


Christine Janin et Alexandre Fauvet – CEO Fusalp

Découvrir l’association À Chacun son Everest !
Christine Janin porte la veste VENUS en Poudre.


Crédit photos : Karine Lhemon / Jérôme Gorin / Sébastien Champeaux / Sébastien d’Halloy –
À Chacun son Everest !